AVEC LE P'TIT GARS DU VIDÉO
par Laurence Gough
Il ferait chaud et humide. Je me réveillerais d’une sieste, tard le vendredi soir, comme maintenant. La tête au pied du lit, les couvertures en désordre frottant ma peau nue, excitée par mes rêves érotiques, je glisserais mes doigts jusqu’entre mes jambes, comme ça. Mais plutôt que de continuer jusqu’au bout, j’enfilerais une petite, une très petite robe, et je descendrais au club vidéo.
De ses yeux creux et cernés, il suivrait mes pas entre les rangées. Il fixerait le mouvement de mes doigts fichés dans ma bouche, pour faire mine d’être concentrée. Face à lui, en gémissant tout bas, je m’étirerais pour que ma robe se soulève presque assez haut pour dévoiler ma petite culotte. Les clients soupireraient en attendant qu’il ramasse les dvd tombés de ses mains tremblantes. Ce serait difficile pour lui de travailler avec mon cul qui se balance à quelques mètres de son érection.
Quand les derniers clients seraient sortis, il remettrait en place ses vêtements navrants qui essaient d’être cool sur son corps maigre, en tirant fort sur son t-shirt de Fantasia pour cacher la bosse dans son jean. N’y tenant plus, il viendrait m’aborder, comme il en rêve peut-être depuis des mois. En s’appuyant sur le manche de l’aspirateur amené là pour son close, il dirait :
— David Lynch, c’est une valeur sûre. Tu connais David Lynch ?
Je ne répondrais pas.
— As-tu vu Eraserhead ? Mulholland Drive ? Ça, t’aimerais ça. Ou Lost Highway ?
Et de sa voix fluette, il déblatèrerait sa petite théorie sur le sens de Lost Highway et vanterait le génie de David Lynch pour étaler son pauvre savoir d’étudiant en cinéma au cégep. Il parlerait très vite, sans prendre le temps d’avaler sa salive, jusqu’à s’étouffer avec. Ça l’humilierait. Mon silence, doublé d’un regard de grande sœur indulgente, achèverait de le faire se sentir minable. Il verrait alors mes jambes passer lentement devant lui et, pendant que son pénis ramollirait à cause de la honte, il me suivrait, tremblant, pour me faire payer mon paquet de framboises en jujubes à la caisse. J’en glisserais une dans ma bouche et la ferais émerger doucement de mes lèvres, comme le bout d’une langue très rouge, mais il n’oserait plus regarder. Alors je laisserais un dollar de pourboire sur le comptoir et sortirais du club vidéo sans dire au revoir.
Le reste de son shift, il le finirait à passer l’aspirateur, à regretter et à se sentir nul à chier. Au moment de verrouiller la porte du club vidéo derrière lui, il se dirait, en se sentant dégueulasse : je vais aller me crosser chez nous. Puis, il me verrait en train de fumer une cigarette sous le porche. La pluie tomberait. Je jetterais mon mégot, prendrais une framboise. Il bafouillerait, ne saurait pas quoi dire. Moi, je lancerais : viens. Il me suivrait jusque chez moi sous la pluie chaude et je lui filerais des framboises en chemin. Je passerais en premier dans l’escalier de l’immeuble pour qu’il regarde bien sous ma robe très courte. Son érection lui ferait presque mal, son cœur palpiterait, et moi je mouillerais, mais il ne le saurait pas.
En s’avançant dans l’appart, il m’entendrait dire : ma coloc est partie pour la nuit. Un appart, une coloc, c’est impressionnant, pour un kid. La porte à peine refermée, je lui enlèverais son petit t-shirt mouillé par la pluie et le pousserais sur le divan. Il me regarderait fixement, mal à l’aise et excité, ne sachant pas quoi faire exactement et, incertain, il commencerait à déboucler sa ceinture. À ce moment-là, comme si je m’en foutais, j’irais dans la cuisine et en reviendrais avec des bières. En voyant la bouteille que je lui tendrais avec nonchalance, il reboutonnerait nerveusement son jean, comprenant que ça n’était pas le moment. Il se redresserait dans une position d’enfant de bonne famille et attendrait, le souffle court, que je dise quelque chose. Mais je ne parlerais pas. Je fixerais son torse nu un peu renfoncé en buvant ma bière, savourant le dégoût et l’excitation que me procurerait la vue de son corps barely legal. Alors je dirais : comment tu t’appelles, et il me dirait son nom, un nom quelconque, moi je ne lui dirais pas le mien. Pour se donner une contenance, il commencerait à étudier les piles de feel good movies quétaines de ma coloc à côté du magnétoscope, et ça ne me dérangerait même pas qu’il croie que c’est à moi. Je me lèverais, déposerais ma bière sur la télé, retirerais ma petite robe. Il ferait mine de se lever, je ferais non de la tête. Je m’avancerais lentement vers lui. Il déboutonnerait son jean de nouveau, et là ça serait le bon moment. Je m’accroupirais devant lui, mes seins nus déposés sur ses cuisses, pour bien le faire bander, et prendrais sa queue très dure dans ma main.
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[ lisez la suite dans Biscuit Chinois numéro 7 ]