TU FERAIS UN BON AVOCAT

par Paul-Patrick Paradis

Il y avait une odeur de capote sur ma queue sale. Ma mère a toujours dit que les littéraires étaient des dégénérés. Du fond de Saint-Étienne, dont elle n’était jamais sortie, elle était scandalisée par toutes les Nelly Arcan et Catherine M. de ce monde. Elle détestait aussi les drogués.
Ce matin-là, en me réveillant dans le lit de mon coloc, Stéphanie coincée entre nous, je ne pus m’empêcher de penser à elle, ma mère. C’est peut-être l’odeur de capote qui l’a fait apparaître à mon esprit. Au moins, je m’étais protégé. Moi-même, j’en étais soulagé.
La veille, on avait fait la fête parce qu’enfin, une de mes nouvelles allait être publiée. On avait bu beaucoup, fait un peu de poudre, rien de grave, juste un peu, il faut bien en faire parfois. Après ça, je ne me souviens plus très bien. Sauf peut-être d’une difficulté à bander malgré une bouche chaude et juteuse émettant de petits gémissements de plaisir en réponse aux coups habiles que Félix semblait lui prodiguer à l’autre extrémité du lit.
J’ai toujours aimé Stéphanie. Depuis le premier cours suivi avec elle. Un cours sur Dostoïevski dans lequel je m’efforçais d’être intelligent. Félix l’avait remarqué. C’est pour cette raison qu’il avait proposé qu’on l’invite à venir prendre un verre avec nous.
— T’as une nouvelle qui va être publiée, ça impressionne les filles, ça. C’est sûr qu’à soir, tu la baises. Ça fait combien de temps, là, que t’as pas…
J’ai cru à son altruisme. Parce qu’après tout, avant d’être colocs, on est amis. Quand on a décidé qu’on partageait tout, je ne croyais pas que ça impliquait les filles, par contre. Généralement, il les garde jalousement pour lui et, au petit matin, quand les exclamations reprennent dans sa chambre, j’en profite pour aller faire l’épicerie. Je finis toujours par acheter ce qu’on partage.
Je me suis levé, un goût de cendre dans le fond de la gorge, une forte pression tout autour de la tête, et je me suis dirigé vers la salle de bain. En sortant de la chambre, j’ai jeté un coup d’œil derrière moi et je l’ai vue, elle, blottie contre lui comme elle n’avait jamais dû être blottie contre moi de la nuit.
Après la douche, il semblait encore y avoir cette odeur de latex tout autour de moi. Et après m’être brossé les dents, il y avait encore ce goût de cendre dans le fond de ma gorge. Et en sortant de la salle de bain, le bandeau de douleur qui entourait ma tête s’est mis à marteler contre mes tempes au rythme des cris étouffés de Stéphanie. Mais je n’étais pas assez en forme pour aller faire l’épicerie. J’ai plutôt fait du café. Félix est apparu dans la cuisine alors que je me massais le front, les yeux fermés.
— Je te l’avais dit que ça impressionnait les filles…

[...]

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